Journaliste freelance et auteur du livre Le Lomo, paru aux éditions VM, Charlotte Poupon nous présente les particularités et les points forts de cet appareil photo très singulier.
Teri Duggin, Etats-Unis
Charlotte Poupon : Lomo est avant tout une marque, comme
Canon ou Nikon. Mais quand on parle aujourd'hui du Lomo on fait référence au Lomo LC-A
qui est le modèle de prédilection des lomographes. Le LC-A a été créé en 1984-1985
par une usine d'optique de Saint-Pétersbourg, à l'époque on disait encore Leningrad.
L'idée toute soviétique était que chaque « camarade » devait avoir un Lomo
pour prendre sa petite famille en photo.
Le Lomo LC-A est assez paradoxal : d'une part c'est un appareil très fiable,
très robuste et d'autre part il peut s'enrayer et son optique n'est pas d'une qualité
renversante.
Ce sont des étudiants viennois qui, en voyageant à Prague en 1993, ont redécouvert
cet appareil et l'ont petit à petit fait renaître de ses cendres. Ils ont su exploiter
les défauts techniques du Lomo, comme un « mauvais » rendu des couleurs
et un effet tunnel ou vignettage. Ensuite, c'est une aventure artistique,
mais aussi marketing car le Lomo LC-A est l'appareil photo culte de la fin du XXe siècle
et du XXIe.
George Brooks, Angleterre
Ch.P : C'est un peu comme « ceci n'est pas une pipe »
de Magritte. On pourrait dire « ceci n'est pas une photo ». Une lomo n'est
pas cadrée, ne rend pas forcément les bonnes couleurs ou la bonne lumière, et peut être floue.
Une lomo est une photo devant laquelle on se dit « tiens, c'est bizarre ».
Bien sûr, on peut faire une lomo avec n'importe quel appareil, mais le Lomo donnera
un quelque chose en plus. Et au final, ça sera bizarre, mais aussi très surprenant
et donc réussi.
Maintenant, de dire à quoi sont dues ces bizarreries, la réponse est très technique.
C'est une question de fabrication c'est-à-dire de lentille pas assez précise,
de son traitement chimique un peu particulier, de son diamètre trop étroit, etc.
Mais ça brise le charme de le savoir, non ?
Norizo, Japon
http://lomo.chips.jp/
Ch.P : Sur un plan physique, l'appareil est léger, il s'emporte partout et est assez robuste. Sur un plan de rapidité, si le LC-A demande un seul réglage, la lomographie elle n'en demande pas forcément. Donc je sors mon Lomo de ma poche et hop je shoote.
Il y a un côté désinhibant car comme je n'essaie pas de faire de bonnes photos... elles ne peuvent pas être ratées. Même si on n'y connaît rien de rien à la photo, on peut toujours s'amuser en lomographie. Et pourquoi pas devenir un crack en... photo !
Charlotte Poupon, France
Ch.P : L'essentiel est malgré tout d'oser ! Oser prendre
en photo ce que les autres ne voient même pas. Oser rayer sa pellicule juste
« pour voir ce que ça fait », oser prendre une photo dans le noir quasi
total, oser bouger là où un photographe traditionnel resterait figé... En fait,
les éléments clés sont le non-respect des règles.
La dimension transgressive est fondamentale. Même sur un plan très terre à terre :
quand il est interdit de prendre une photo (musée, zone de douane, etc.), je sors discrètement
mon Lomo !
Anja Schlosser et Carlo Dietl, Allemagne
Ch.P : C'est une question étrangement difficile. J'aurais tendance à dire que pour se lancer en lomographie, il faut un Lomo LC-A. C'est le vrai le seul, l'unique qui permette malgré tout un certain contrôle de ce que l'on fait. Mais à cause du phénomène de mode, il coûte relativement cher. Alors pour qui ne connaît rien à la lomographie, je conseillerais d'acheter un appareil de la même famille comme un SuperSampler ou un Pop9. Il y a toute leur nomenclature dans mon livre. Comme ça, à peu de frais, on peut faire ses premiers pas en lomographie, rentrer petit à petit dans la famille. Ensuite, si on est toujours fan, le LC-A s'imposera très vite.
Pour les sujets, c'est un peu la même chose, je commencerais par ce qu'il y a de très proche : autoportraits, famille, animaux domestiques. Ensuite, j'élargirais mon champ de vision : rue, inconnus, lumières extérieures, transports en commun. Tout se prête à la lomographie si tant est qu'on s'en donne la peine.
Propos recueillis par Laetitia Maraninchi.
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