Bourse / Octobre 2007

Stratégie boursière, dépassez les idées reçues (7/7)

A l'occasion de la parution de la nouvelle collection Bourse (Editions d'Organisation), Eyrolles.com a demandé à l'analyste financier, Alain Sueur, auteur de Les outils de la stratégie boursière, de conseiller les internautes sur la pratique de l'investissement.

Cette semaine, il nous explique comment démêler le vrai du faux pour rester clairvoyant.

Le stratège boursier doit jongler avec les 4 aspects de l'investissement : l'intelligence de l'économie, l'analyse des sociétés cotées, la connaissance des techniques d'arbitrage et le jeu spéculatif. Par là, il doit aller contre les idées reçues diffusées dans les média.


Croire qu'investir en bourse est jouer à la roulette
Investir est un métier. Il faut s'informer, réfléchir, étudier chaque société, et faire un pari dans le temps (dans le livre, cf. fig.2, p.17). Mais ce pari - le risque - n'est que la 4ème roue du carrosse qui doit faire fonctionner les trois autres.

Croire que le dollar est une monnaie prête à s'écrouler
S'il existe un double déficit persistant aux Etats-Unis, commerce extérieur et budget, le rééquilibrage par récession intérieure ou dévaluation de la monnaie n'a pas lieu. Parce que les Etats-Unis sont une "économie-monde". Puisque le dollar est la monnaie de référence, tout le monde a intérêt à ce qu'il ne s'écroule pas, à commencer par les Chinois. Il fluctue mais toute crise majeure semble exclue pour l'instant.

Croire que l'immobilier est le seul placement qui protège
C'était vrai durant les longues périodes d'inflation (années 1930, 1950, 1970...), d'où l'impression de "sagesse des nations". Depuis que l'inflation a été éradiquée par les Banques Centrales à la fin des années 1980, nous vivons dans les fluctuations normales des cycles d'actifs (actions, taux, immobilier, matières premières). La secousse de l'été l'a d'ailleurs montré. (cf. chapitre 4 sur l'analyse les classes d'actifs)

Croire que la Banque Centrale Européenne "n'a qu'à" baisser les taux, faire baisser l'euro, assurer le crédit, etc.
La zone euro n'est pas les Etats-Unis, elle est moins intégrée, n'a ni politique fiscale, ni politique économique commune. C'est pourquoi les statuts qui ont fondé la BCE ne sont pas ceux de la Fed.
La BCE a été voulue passive par les gouvernements fondateurs (dont celui de M. Mitterrand) : elle ne doit s'occuper que de la menace d'inflation dans la zone. La croissance, le chômage, le niveau de l'euro sont secondaires et la Banque n'a aucun moyen d'agir sur eux.
La Fed au contraire discute avec le gouvernement américain d'une politique globale efficace (taux d'intérêt, fiscalité, dépenses publiques).
A assimiler l'une à l'autre, on s'expose à ne rien comprendre à ce qu'elles font. Le chapitre 2 donne les clés pour utiliser les bons indicateurs économiques.

Croire que les modèles prédisent la vérité ou que les analystes financiers disent combien d'argent on doit gagner sur une valeur
La bourse, c'est beaucoup de psychologie et pas beaucoup de mathématiques. Les modèles sont utiles, mais comme outils d'aide à la décision, notamment pour construire un portefeuille équilibré (chapitre 5). Ils ne prennent pas la décision à la place de l'investisseur car l'économie est science "humaine", pas science "physique".
Tout investissement est un pari sur l'avenir, il repose donc sur la confiance. Les entreprises européennes ne sont pas gérées comme les américaines ou les japonaises. Il faut tenir compte des diverses cultures (donc des divers capitalismes) pour bien investir. C'est l'objet du chapitre 7, partie II.

Cette remise en perspective démontre l'importance des qualités humaines exigées du bon investisseur : écouter, discuter, réfléchir, prendre une décision, patienter. Développez-les et vous serez (professionnel ou particulier) un bon stratège. Les grands gérants que j'évoque au chapitre 6, Warren Buffet, Georges Soros, Peter Lynch, David Baverez, réalisent tous ces valeurs humaines : ils ne trichent pas au poker mais investissent réfléchis et pondérés - "en bon pères de famille".

Propos recueillis par Dominique Colin.

A LIRE

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