Avec Management à contre-sens paru aux Editions d'Organisation, Anne Dousset, ex DRH, aujourd'hui consultante spécialisée dans le management des hommes et des organisations, décortique avec pragmatisme les raisons du désengagement et pousse un cri d'alarme contre le gaspillage humain.
Entreprenante, elle déboulonne l'idée que la ressource humaine se résume à un coût et en prend le contre-pied en l'insérant dans la colonne recettes. Avec à la clé, des indicateurs doublés d'une dose de psychologie.
Anne Dousset : "Tout feu, tout flamme" Fred, jeune contrôleur de gestion, arrive dans un nouveau job. Il va connaitre une succession de revers qui le feront passer du vert au rouge. Se sentant méprisé, il frôlera carrément le mauvais esprit au bout de 18 mois.
Mais il y aussi Nathalie et Antoine (cf. chapitre 1, un manager blessé - Extrait, fichier PDF, 163.3 Ko). A travers l'histoire de ces trois cadres désenchantés, je raconte le processus du désinvestissement. Prises dans la mondialisation économique, les directions des entreprises cherchent à développer les synergies et les économies d'échelle. Mais au fur et à mesure qu'elles concentrent les fonctions et standardisent leurs modes de gestion, elles négligent le management de terrain. Or, lorsqu'une méthodologie n'est pas définie en fonction des contraintes et des cas particuliers, elle se révèle difficile à mettre en oeuvre. Alors, las de se voir imposer des décisions qu'ils trouvent improductives à leur niveau et de se sentir inécoutés, les managers finissent par penser que cela ne vaut pas le coup de s'investir.
A.D. : Je propose de mesurer l'utilisation du facteur humain avec de nouveaux indicateurs (cf. page 47 du livre). Cette question mériterait que l'on s'y penche. Aujourd'hui, le seul indicateur utilisé pour mesurer l'efficacité du capital humain est l'absentéisme. Cet indicateur n'est pourtant pas pertinent : on peut être présent et inopérant comme absent et productif.
D'ailleurs chose curieuse, cet indicateur pointe toujours le négatif contrairement aux indicateurs de production. Par exemple, on dit "j'utilise mes lignes de production à 90 % et j'ai 5 % d'absentéisme". Mais rarement, "je loupe 10 % d'utilisation des lignes de production et j'ai 95 % de présentéisme".
C'est pourquoi, je préfère utiliser d'autres indicateurs comme le "présentéisme", "l'efficacité collective" et "l'énergie motivationnelle".
Dans le cas de Nathalie (cf. page 60 du livre), on a ainsi certes gagné 15 % sur les coûts de main d'oeuvre mais on a perdu 50 % sur les taux de productivité par à rapport à la situation antérieure.
A.D. : Pour éviter ce gaspillage d'énergie, les directions peuvent développer les pratiques de management fondées sur la confiance, la reconnaissance et l'écoute de sorte que chaque salarié donne le meilleur de lui-même (cf. page 87 du livre). Pour s'investir, tout un chacun a besoin d'un minimum d'estime de soi, de confiance de l'autre et de sens pour être efficace et motivé.
Cela parait simple mais la pression du court terme relègue quelquefois le bon sens au placard. On prend alors de mauvais plis, on en oublie de dire bonjour et merci, et le reste suit...
Propos recueillis par Dominique Colin.
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