S'il y en a un qui suit de près le coup de théâtre qu'a provoqué
l'OPA lancée par Comcast, numéro 1 américain du câble, sur Disney le 12 février dernier,
ce pourrait bien être Steve Jobs. Passionné de technologies et d'innovation, ce visionnaire
a hissé au rang de multinationale deux petites boîtes : Apple et Pixar.
C'est cette ascension fulgurante d'un homme hors du commun que le journaliste
Cyril Fievet nous raconte dans son ouvrage
Apple Pixar mania paru aux Editions Eyrolles. Rencontre avec l'auteur
pour une histoire inédite.
Cyril Fievet : Son succès vient en grande partie de sa quête permanente
de l'innovation. Si vous regardez l'histoire d'Apple, vous constatez que la plupart
des innovations informatiques (USB, Wi-Fi, processeurs 64 bits, pour n'en citer que
quelques unes récentes) ont été commercialisées sur des Mac, avant de se répandre dans
le monde PC. Il en va de même avec Pixar, qui fut l'une des toutes premières entreprises
à miser sur l'avènement des films en images de synthèse, et bien sûr de l'iPod.
Bien sûr, cela ne s'est pas fait en un jour. Apple aura bientôt 30 ans,
et Pixar 20. Mais pendant tout ce temps, Steve Jobs est resté fidèle à ses passions,
que sont l'innovation et surtout les "technologies qui sont susceptibles de changer
le monde". On le décrit souvent comme quelqu'un animé d'une "vision" qui le conduit
à faire preuve d'une persévérance - voire d'un acharnement - hors du commun. A cela, je lui
ajouterai des qualités hors normes en matière de communication et de marketing, qui ont
beaucoup contribué à sauver Apple.
C.F. : Même sans l'avoir rencontré personnellement, je suis souvent
frappé par son charisme, lorsqu'il anime, seul sur scène, des shows devant des milliers
de spectateurs. Il paraît toujours décontracté (il se produit d'ailleurs souvent en jeans
et baskets) et délivre un véritable spectacle, en présentant lui-même les produits au fil
de longues démonstrations.
En France, nous sommes peu familiers de voir un PDG de cette envergure montrer non
seulement qu'il aime prendre des risques mais en plus qu'il s'en amuse !
Et comment ne pas être impressionné par un homme qui dirige à la fois deux entreprises
majeures ?
C.F. : Il me semble très clair que Steve Jobs est l'un des premiers
à avoir perçu comment évoluaient les goûts et les attentes des consommateurs en matière
de musique numérique, et à en déduire les mutations économiques.
En explorant que timidement la piste de la distribution de musique électronique
via Internet, l'industrie musicale a laissé la porte grande ouverte par laquelle
s'est engouffré Steve Jobs qui a parié avant les autres que le CD audio serait
bientôt mort.
Depuis quatre ans, il développe énergiquement une stratégie de lancement de produits Apple spécifiques
à ce nouveau marché, afin de se l'accaparer. Il ne se limite donc pas à diversifier
ses produits, mais prend bel et bien le coche de l'évolution du marché informatique vers
des machines portables dédiées à des fonctions spécifiques.
Grâce à son baladeur numérique iPod et à sa boutique de musique en ligne iTunes Music Store, la petite pomme
jouit aujourd'hui d'une confortable avance sur ses concurrents.
Côté Pixar, c'est un peu la même chose. L'avance technologique et le talent créatif
ont permis à la petite société de production de films numériques de devenir un "poids lourd"
de l'industrie du film animé... et de dire "non" le 29 janvier dernier au géant Disney
pour poursuivre la distribution de ses films.
Aujourd'hui, que ce soit en matière de musique numérique ou de films d'animation,
Steve Jobs est donc devenu un acteur majeur du "divertissement numérique" qu'il a,
comme 30 ans auparavant pour l'informatique personnelle, révolutionné.
Propos recueillis par Dominique Colin.
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