Interview / Janvier 2007

GRH, des secrets d'alcôve à gérer ?

L. Roche

Loïck Roche, auteur de La loi Cupidon


Docteur en psychologie et docteur en philosophie, Loïck Roche est l'auteur aux Editions d'Organisation de Cupidon au travail où il tente de quantifier les relations intimes entre les salariés par le biais d'une loi statistique. Rencontre avec un homme de gestion qui vous décoche chiffres et formules sur les affaires de coeur qui n'en finissent pas de faire couler beaucoup d'encre.


Dans Cupidon au travail édité aux éditions d'Organisation, vous établissez une loi sur la probabilité de la relation charnelle au sein de l'entreprise.

Loïck Roche : Lorsqu'on travaille en entreprise, on constate qu'il existe des relations intimes entre les hommes et les femmes. Je me suis intéressé à mesurer ce phénomène, à chercher si des facteurs facilitaient son apparition et à réfléchir aux dangers potentiels que ces relations pouvaient représenter pour l'entreprise.
J'ai donc commencé par lire toutes les études menées sur ce sujet, en particulier l'enquête ambitieuse de Monster. Elle montre, sur un panel de 36 950 hommes et femmes qui travaillent en Europe, que plus d'une personne sur deux a déjà eu au travail au moins une relation amoureuse avec un(e) collègue.
Afin de valider ou d'invalider ces chiffres, j'ai mené de nombreux entretiens avec des salariés d'entreprises, d'administrations et de collectivités. Mes résultats ont ainsi montré que les relations intimes dépendent de plusieurs facteurs comme l'ancienneté moyenne, le nombre de personnes d'un même environnement professionnel ou encore la position hiérarchique.
Je les ai définis dans la loi de Cupidon. Celle-ci dit que chaque homme et femme aura un nombre précis de relations intimes sur son lieu de travail en fonction d e son ancienneté et du nombre de personnes que compte son environnement professionnel. Ainsi, dans une entreprise de 200 salariés dont la moyenne d'ancienneté est de 5 ans, 71 relations intimes* (du simple baiser amoureux à la relation sexuelle) se noueront entre collègues encore présents dans cette entreprise aujourd'hui.
Mais, cette loi n'est qu'indicative et non prédictive. Elle signifie que bien évidemment des personnes n'auront jamais de relations intimes sur leur lieu de travail alors que d'autres en auront de nombreuses.
Afin de regarder si le nombre de ces relations évoluent dans le temps, j'ai également créé un observatoire des relations privées sur le lieu de travail sur le blog http://loidecupidon.over-blog.com (les visiteurs y trouveront notamment un questionnaire en ligne).


Le nombres de relations sexuelles au bureau varierait selon l'organisation de l'entreprise. Comment l'expliquez-vous ?

L.R. : Il y a effectivement au moins deux types de structures où les relations, entre les personnes d'un même environnement professionnel, sont plus nombreuses qu'ailleurs. Tout d'abord dans les entreprises innovantes, où les hommes et les femmes sont passionnés par ce qu'ils font. Tout se passe comme si la profession ne suffisait pas à contenir leur créativité et l'innovation qui trouveraient alors un prolongement naturel dans des relations physiques.
On retrouve ce même phénomène dans les structures où la mort est présente, en particulier dans le milieu médical (les cliniques, les hôpitaux). La sexualité, pulsion de vie, ferait alors inconsciemment résistance à la maladie, à la mort.


L'entreprise doit-elle alors intervenir dans la vie sentimentale de ses salariés ?

L.R. : Il me semble important que les DRH et les salariés prennent conscience que nouer des relations intimes sur son lieu de travail engendre le risque de conflits interpersonnels et de perturber la bonne marche de l'entreprise. Si le matin même je romps avec mon (ma) collègue, j'aurais toutes les peines du monde à résoudre un problème professionnel avec lui (elle). Inversement, lorsque je rencontre un conflit professionnel avec mon (ma) partenaire, ma relation privée sera aussi impactée.
C'est pourquoi, certaines entreprises américaines condamnent violemment ces relations privées et n'hésitent pas à limoger leur personnel non couvert par un love contract. Mais, en France l'entreprise n'intervient pas dans la vie sentimentale de ses salariés dès lors qu'il n'y a pas "trouble à l'ordre public" et que les amants savent se faire discrets.

* 200 personnes dans mon entreprise et 5 ans d'ancienneté. Soit : [(200 x 5) : 7] : 2



Propos recueillis par Dominique Colin.


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