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Interview / Mai 2010
Isolez votre maison à votre convenance !
Par souci d'économies d'énergie, pour se prémunir d'incommodités sonores et profiter d'une habitation confortable été comme hiver ou encore lutter contre les émissions de gaz à effet de serre, vous voilà attelé au chantier de l'isolation. Quelles techniques adopter ? Comment choisir son isolant ? Par où commencer ? Le Grenelle de l'Environnement a-t-il changé la donne pour vous ?
Depuis juillet 2007, le Grenelle de l'Environnement invite en effet particuliers et entreprises
à rénover les 450 000 logements résidentiels construits avant 1975 afin de réduire
la consommation d'énergie de plus d'un tiers à l'horizon 2020. Objectif qui passe par la case
isolation...
Alors qu'en est-il ? A l'occasion de la parution de la nouvelle édition du Grand livre de l'isolation,
paru aux éditions Eyrolles, Thierry Gallauziaux
et David Fedullo, auteurs
du best seller L'installation
électrique comme un pro ! vous répondent de façon pragmatique et vous ouvrent
de nouveaux horizons tant les choix pour vos travaux sont nombreux.
- Afin que l'habitat résidentiel ne consomme plus que 80 kWh/m2/an d'ici 2012 (au lieu des 280 kWh/m2/an actuels), le Grenelle de l'Environnement a renforcé la réglementation thermique RT 2005 à laquelle est soumise la construction neuve. De quoi s'agit-il ?
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Thierry Gallauziaux et David Fedullo : La RT 2005 rassemble plusieurs exigences pour diminuer la consommation d'énergie de l'habitat neuf. Elle concerne l'isolation mais aussi le chauffage, la production d'eau chaude, la ventilation, la perméabilité à l'air, les apports solaires...
Pour l'isolation, elle impose une valeur maximale (garde-fou) du coefficient de transmission surfacique U pour chaque type de paroi que l'on ne doit pas dépasser. Elle définit également une valeur de référence de ce même coefficient que le constructeur doit atteindre pour satisfaire à la réglementation. Plus le coefficient U est faible, meilleure est l'isolation. Les professionnels de l'isolation doivent se plier à ces normes lors des travaux de construction de l'habitat neuf. Mais cette réglementation ne va pas assez loin, en tolérant par exemple des valeurs encore trop importantes pour les ponts thermiques ou en ne prenant pas en compte l'inertie thermique...
Le Grenelle de l'Environnement va dans le bon sens en proposant d'améliorer les performances de 20 % par rapport à la RT d'ici 2010, voire à transformer les constructions en bâtiments passifs en 2020. Mais il reste du chemin à parcourir car il faut changer les habitudes, former les professionnels, etc.Pour ce qui concerne la rénovation de votre habitat, vous n'êtes pas tenu de respecter des normes strictes d'isolation si votre maison a une superficie < 1000 m2. (cf. l'arrêté du 19 mars 2007 et du 3 mai 2007). Une RT pour les bâtiments existants a néanmoins été élaborée. Le Grenelle de L'Environnement prévoit également des objectifs à atteindre mais de façon volontariste sans caractère obligatoire. Hors, c'est dans le parc existant que se trouve la plus grande source d'économies à réaliser.
- En France, on isole traditionnellement par l'intérieur. En Europe du Nord où l'on trouve les exemples plus novateurs d'habitat écologique à hautes performances, on privilégie l'isolation par l'extérieur et l'isolation répartie. Que conseillez-vous ?
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T.G et D.F. : L'isolation thermique par l'intérieur est la solution technique qui présente le plus d'inconvénients. En effet, malgré sa facilité de mise en oeuvre, elle laisse persister de nombreux ponts thermiques, notamment au niveau des planchers lourds et des murs de refend et diminue de façon sensible la surface habitable. Un pont thermique est créé par une discontinuité de l'isolation qui va laisser s'échapper un flux de chaleur vers l'extérieur. Elle supprime l'inertie du bâtiment et pose des problèmes de condensations éventuelles à l'intérieur des parois et au niveau des ponts thermiques qui vont provoquer des dégradations.
Pour les limiter on doit avoir recours à un pare-vapeur posé du côté chauffé de l'isolant pour limiter le transfert de vapeur d'eau à travers la paroi et éviter sa condensation au niveau du mur porteur resté froid. Ce pare-vapeur (souvent du papier kraft collé sur l'isolant) doit être étanchéifié entre les lés et au niveau des parois adjacentes à l'isolant, ce qui est rarement fait dans la pratique. On peut avoir recours à des pare-vapeurs indépendants, voir hygrorégulants qui seront beaucoup plus performants.
Pour limiter les phénomènes de condensation au niveau des ponts thermiques, on doit disposer d'une ventilation permanente et efficace pour évacuer le maximum de vapeur d'eau. On peut limiter les ponts thermiques au niveau des planchers ou des plafonds, mais cela implique de lourds travaux comme l'isolation du plancher ou un plafond rapporté.L'isolation par l'extérieur supprime la majorité des ponts thermiques puisque le logement est enveloppé dans les matériaux isolants et le bâtiment joue de l'inertie c'est-à-dire qu'il conserve la chaleur l'hiver et la fraicheur l'été. De plus il n'y a plus de risques de condensation à l'intérieur des parois.
Le hic, c'est que nos maisons n'ont pas été construites selon ce principe et que l'isolation par l'extérieur change l'aspect des façades. Mais de multiples solutions existent et permettent un vaste choix de finitions. Si votre habitation et votre porte-monnaie vous le permettent, choisissez cette solution.
Pour un projet de construction neuve, la meilleure solution est l'isolation répartie. Elle consiste à utiliser des éléments constructifs isolants. Il existe maintenant sur le marché de plus en plus de systèmes monomurs. Ils sont fabriqués dans des matériaux comme la terre cuite, le béton cellulaire, la pierre ponce, etc. Les murs doivent être épais (min. de 32,5 cm, idéalement 50 cm) pour pouvoir se passer d'un isolant rapporté. - Est-ce avec ces nouveaux types de matériaux qu'ont été construites les maisons passives que vous évoquez dans Le grand livre de l'isolation ?
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T.G et D.F. : Construites à l'origine en Allemagne et dorénavant dans plusieurs pays Européens, les maisons passives (du label Passivhaus Institut) ont été dotées d'une isolation renforcée jusqu'à 30 cm d'épaisseur. Elles peuvent se passer de chauffage car les habitants, les équipements électriques (électroménager, informatique...) et l'éclairage dégagent suffisamment de chaleur pour chauffer l'habitat. Un poêle peut servir de chauffage d'appoint dans les régions froides du Nord. Elles consomment 15 kWh/m2/an en chauffage et 120 kWh/m2/an pour l'ensemble des consommations énergétiques (chauffage, climatisation, eau chaude sanitaire, ventilation, éclairage, électroménager...).
Pour bénéficier du label maison passive, une construction doit répondre à de nombreux critères en plus d'une isolation à hautes performances : étanchéité à l'air renforcée, conception bioclimatique, mise à profit des apports solaires, etc.
Une maison passive peut être réalisée de multiples façons, avec des monomurs, mais aussi avec des parpaings ou une ossature bois avec une isolation rapportée.
Nous présentons les performances de ces maisons idéales vers lesquelles nous devrions tendre mais elles remettent en question nos techniques de construction, d'isolation et les pratiques de corps professionnels en France.
Dans les nouveaux types de matériaux, nous présentons également les isolants thermiques de l'avenir à base d'aérogels (nanomatériaux) très performants qui permettent une isolation avec une épaisseur réduite de 6 à 10 fois moins qu'une isolation actuelle traditionnelle.
Pour les isolants écologiques, très en vogue actuellement, ils relèvent plus d'une démarche personnelle et de moyens, l'objectif à ne pas perdre de vue étant toujours l'isolation la plus performante possible. - Que nous options pour une isolation phonique ou thermique, quels sont finalement les grands principes à retenir ?
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T.G et D.F. : Pour isoler votre maison, vous disposez d'un large éventail d'isolants que vous retrouvez dans Le grand livre de l'isolation. La majorité des produits disponibles sur le marché y sont présentés en détail et en toute indépendance. Le choix doit se faire en fonction de la construction existante, des performances et donc des économies recherchées, de vos goûts, de vos finances et de vos convictions. La troisième partie de l'ouvrage est entièrement consacrée aux techniques de mise en oeuvre des différentes solutions accompagnées de nombreux schémas explicatifs. Mais dans tous les cas, il vous faut retenir plusieurs règles importantes :
- Isoler le plus possible pour réaliser d'importantes économies d'énergie ;
- Eviter absolument les ponts thermiques ou les limiter au maximum ;
- Adopter un système de ventilation permanent et efficace ;
- Assurer une bonne étanchéité à l'air et à la vapeur d'eau pour une isolation par l'intérieur notamment ;
- Et réaliser surtout un travail très soigné.
Propos recueillis par Dominique Colin.




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