Interview / mai 2007

On a tous une histoire avec Google !

Aujourd'hui presque tous les internautes ont utilisé Google au moins une fois, et pourtant il n'a que sept ans ! Google entre de plus en plus dans nos vies, et ce pas seulement par le biais de nos recherches... Traducteur du livre Google Story, paru aux éditions Dunod, Dominique Maniez nous parle de ce nouveau géant.


Nous avons tous une histoire avec Google, on se souvient tous de ses premières recherches ! Quelle est votre histoire avec Google ?

Dominique Maniez : Pour être tout à fait franc, je crois que la première chose que j'ai faite (comme beaucoup de personnes), c'est de saisir mon prénom et mon nom dans la fenêtre de recherche.
Ce petit moment de narcissisme passé, je me sers souvent de Google comme d'un outil de recherche linguistique pour compter le nombre d'occurrences d'un mot.
Pour tous ceux qui s'intéressent aux mots et à leur usage, Google représente un fantastique outil de recherche.
Dans une des chroniques que j'écris dans Windows News, je me suis même amusé à lancer un concours de barbarismes ; le principe est simple : il faut, grâce à Google, trouver des barbarismes qui sont souvent employés sur la Toile. Les meilleurs résultats sont ensuite mis en ligne sur mon site Web (www.cosi.fr). On peut ainsi voir que "conclua", "aréoport", "aéropage" ou bien encore "pécunier" sont des mots qui s'écrivent beaucoup sur Internet.


Qu'est-ce qui a fait et fait aujourd'hui la force de Google ?

“Dans l'esprit de certains utilisateurs il y a désormais une assimilation entre Google et Internet : Google est la page d'accueil du navigateur et on n'accède à aucun site Web sans passer par Google.”

D.M. : Bien évidemment, la force de Google c'est d'abord son moteur de recherche qui a aujourd'hui acquis une position dominante dans de très nombreux pays (97% de parts de marché en Espagne, par exemple) ; le moteur de recherche couplé au système d'annonces publicitaires génère des bénéfices importants.
Mais on peut aussi dire que Google ne s'est pas reposé sur ses lauriers et a su proposer d'autres services aux internautes, que ce soit avec Gmail ou bien avec Google Earth.
Dans l'esprit de certains utilisateurs il y a désormais une assimilation entre Google et Internet : Google est la page d'accueil du navigateur et on n'accède à aucun site Web sans passer par Google. Cela reste quand même la plus belle réussite de Google.


Dans Google story, vous mentionnez l'existence de "super-utilisateurs de Google" qui l'utilisent d'une façon originale, comme un assistant de travail, par exemple pour vérifier l'orthographe d'un mot, récupérer une image, trouver une citation, etc. Peut-on encore considérer Google seulement comme un moteur de recherche ?

D.M. : Google dépasse aujourd'hui très largement la simple fonction de moteur de recherche, même si c'est encore cet outil qui génère la quasi-totalité de son chiffre d'affaires.
L'objectif à peine voilé de Google est à présent de concurrencer Microsoft sur le terrain des logiciels bureautiques.
Face à la lourdeur de la suite Office, Google veut proposer des applications plus légères qui tournent dans un simple navigateur. Google tisse sa toile en multipliant les innovations dans toutes les directions.


Quelle est l'utilisation la plus "folle" que vous ayez faite de Google ?

D.M. : Comme je l'ai déjà signalé dans la première question, l'auto-googling (le fait de saisir son nom dans Google) n'est pas un indicateur d'une bonne santé mentale, mais je me soigne...
Plus sérieusement, Google peut être utilisé pour récupérer des informations que des entreprises laissent traîner sur des serveurs Web mal protégés. Google permet ainsi d'avoir accès à des informations qui sont normalement confidentielles. On commence même à trouver des ouvrages qui enseignent aux administrateurs Web à se protéger de Google.


Quelles sont les informations qui vous ont le plus marqué lors de la traduction de ce livre ?

D.M. : En fait, j'utilisais Google depuis de nombreuses années et je ne m'étais jamais posé la question de savoir quelles étaient les machines qui constituaient le réseau de Google. J'imaginais qu'il s'agissait de quelques super calculateurs énormes et je dois avouer que j'ai été très surpris d'apprendre que Google tourne grâce à des centaines de milliers de micro-ordinateurs en réseau dont les caractéristiques techniques sont proches des PC que nous avons sur notre bureau.


Pour quelles raisons pensez-vous que Google n'indique plus son nombre de pages indexées ?

D.M. : Google explique que la qualité prime sur la quantité tout en révélant que la taille de son index est trois fois supérieure à la taille de l'index de n'importe lequel de ses concurrents.
Google déclare également que les méthodes de calcul de la taille de l'index ne sont pas normalisées et par conséquent tous les moteurs de recherche ne comptent pas la même chose.
C'est peut-être ce qui explique ce changement...


Sa puissance et sa taille engendrent de la méfiance. Il y a actuellement une rumeur concernant une alliance Microsoft-Yahoo pour contrer Google sur le marché des liens sponsorisés. Que pensez-vous de ce rapprochement ?

D.M. : Google et Microsoft se livrent une guerre acharnée sur de nombreux fronts (moteur de recherche, bureautique, recrutement, etc.) et Microsoft essaye par tous les moyens de rattraper son retard face à Google en matière de recherche d'information.
En s'alliant avec Yahoo, Microsoft pourrait ainsi accroître de manière significative sa part de marché dans le secteur des moteurs de recherche. En gagnant des parts de marché, Microsoft priverait ainsi Google d'une part de ses bénéfices. Ce projet d'alliance relève donc de la stratégie commerciale, la recherche d'information ne constituant pas le coeur de métier de Microsoft.


La dernière partie de cet ouvrage, "Googlez vos gènes", traite de la volonté de Google de participer à l'avènement d'une ère de la médecine personnalisée par le biais de la fondation Google.org. Que pouvez-vous nous dire sur ce projet et qu'en pensez-vous ?

“Ce projet peut paraître séduisant de prime abord car il va permettre de faire progresser les thérapies géniques, mais il pose aussi le problème de l'utilisation des données personnelles liées à l'ADN de chaque individu.”

D.M. : Pour les fondateurs de Google, la recherche génétique pourrait donner lieu à d'importantes avancées dans le domaine médical car la compréhension du code génétique précis d'un individu pourrait contribuer à personnaliser le traitement médical, au lieu d'établir des traitements en fonction de statistiques ou de moyennes observées.
Parmi les retombées possibles, il y a une nouvelle compréhension de certaines maladies, la recommandation ou l'interdiction de certains types de nourritures et de certains médicaments pour les personnes ayant des caractéristiques génétiques particulières.
Ce projet peut paraître séduisant de prime abord car il va permettre de faire progresser les thérapies géniques, mais il pose aussi le problème de l'utilisation des données personnelles liées à l'ADN de chaque individu.


Outre la prodigieuse ascension de Google, cet ouvrage montre que ce nouveau géant s'est éloigné de son "image de force libératrice", accusé aujourd'hui de jouer à Big Brother. Pensez-vous qu'il cherche à racheter son image avec la fondation Google.org ?

D.M. : Je ne suis pas certain que la fondation Google.org soit une opération de communication car Brin et Page se sont toujours montrés assez dédaigneux face aux critiques, étant donné qu'ils considèrent que ceux qui ne sont pas d'accord avec eux n'ont pas compris l'intérêt de leur entreprise.
Pour autant, si les buts affichés de la fondation Google.org paraissent généreux, force est de constater que pour l'instant les résultats sont assez maigres.



Propos recueillis par Laetitia Maraninchi.



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