INTEGRATION WEB - LES BONNES PRATIQUES

Le guide de survie de l'intégrateur !

Intégration web - Les bonnes pratiques

Jeune intégratrice de choc, Corinne Schillinger a souvent été appelée comme "pompier" sur des projets web mal engagés...
Forte de cette expérience, elle en a tiré un livre voué à devenir la référence dans le domaine : Intégration web : les bonnes pratiques ou, en d'autres termes, Le guide de survie de l'intégrateur ! Elle nous y livre tout un recueil de bonnes pratiques, de méthodes et d'outils pour améliorer et réussir ses développements front-end dans le respect des standards du Web. Elle nous raconte ici son parcours et pourquoi elle a tenu à écrire cet ouvrage.

Entretien avec l'auteur : Corinne Schillinger

Corinne Schillingerask Intégrateur web... Ce n'est pas un métier très (re)connu ! Pouvez-vous nous expliquer rapidement en quoi il consiste  ?

C. S. : Il y a quelques années encore, la personne qui s'occupait de concevoir, mettre en ligne et maintenir un site web était appelé "webmaster". Depuis, les choses ont bien évolué et la conception de sites Internet s'est véritablement professionnalisée : ce métier très généraliste a progressivement disparu au profit de nombreuses spécialisations plus ou moins reconnues, qui participent toutes à l'élaboration et à la maintenance d'un site web.

L'intégration web fait partie de ces "nouvelles" disciplines. Elle trouve sa place dans la chaîne de production entre la conception graphique et le développement. Elle consiste à transformer les maquettes statiques fournies par le graphiste en page web, communément appelés gabarits : une fois ces derniers montés, ils sont alors repris par le développeur, qui a pour tâche de les rendre dynamiques.

Suivant la taille de l'entreprise et la fiche de poste, il arrive parfois que l'intégrateur soit amené à prendre en charge une partie du développement, mais ce n'est pas son coeur de métier.

 

ask Si j'ai bien compris, l'intégration est donc une étape "à ne pas louper", lorsqu'on crée un site web. Quels sont les principes à ne jamais oublier pour réussir ses intégrations ?

C. S. : Effectivement, la phase d'intégration est une étape importante, car elle influe fortement sur la qualité du site Internet : son accessibilité est directement liée à la façon dont les pages webs ont été construites et ses performances d'affichage sont, dans une large mesure, dépendantes du code qui a été produit. L'intégration conditionne également la pérennité du site : lorsqu'elle est bien faite, elle rend la maintenance aisée et simplifie toute évolution future.

Il appartient à l'intégrateur de produire un code qui soit compatible avec un panel étendu de navigateurs, en prenant garde à ce que la compatibilité ascendante soit assurée. Pour cela, il doit faire les "bons" choix en piochant parmi les méthodes et techniques qu'il a à sa disposition pour concevoir un site qui soit le plus propre, accessible et performant possible. À mon sens, l'un des aspects les plus importants du métier est de prendre en compte le contexte projet pour choisir avec discernement les méthodes, outils et techniques les plus appropriés pour réaliser l'intégration. Bien souvent, il est tentant d'utiliser les nouvelles techniques et propriétés en lieu et place de méthodes plus conventionnelles pour réaliser certains effets particuliers. Mais avant d'opter pour les dernières nouveautés, il faut s'interroger sur leur compatibilité : sont-elles prises en charge par l'ensemble des navigateurs à prendre en compte ?

D'expérience, je me suis rendue compte que la solution la plus simple est aussi bien souvent la meilleure, car elle ne demande que peu ou pas d'adaptation pour être fonctionnelle. Et même si elle s'avère moins "sexy" qu'une alternative plus sophistiquée, elle est généralement préférable, car elle ne nécessite pas de solutions de contournement pour obtenir un rendu équivalent partout.

 

ask Vous êtes donc vous-même intégratrice depuis plusieurs années, et avez aujourd'hui créé votre propre entreprise, Inseo. Pouvez-vous nous raconter un petit peu votre parcours et pourquoi vous avez choisi ce métier ?

C. S. : Les ordinateurs m'ont toujours intéressée : qu'il s'agisse d'en démonter un pour voir "comment c'est fait" ou de passer un week-end chez des amis pour participer à une LAN (NDE: rassemblement de joueurs en réseau), j'étais toujours partante. Du coup, lorsque j'ai appris qu'un DUT SRC (Services et Réseaux de Communication) venait d'ouvrir, je me suis empressée de postuler. Grand bien m'en a pris puisque j'ai été admise. Dans la foulée, je me suis inscrite à l'EID (École Internationale de Design) pour obtenir une maîtrise de concepteur-designer graphique et multimédia.

C'est au cours de mon projet de fin d'études que j'ai découvert les joies de l'intégration : j'avais choisi de concevoir un site web comme support de soutenance, et à quelques jours de ma présentation, j'ai réalisé que ce dernier n'avait pas du tout le même aspect sur les différents navigateurs... J'ai passé de nombreuses heures sur Internet pour me renseigner et voir d'où venait le problème, j'ai écumé de nombreux forums - à commencer par Alsacreations.com, sur lequel je me suis d'ailleurs inscrite quelques temps plus tard. Cela ne s'est pas fait sans mal, mais j'ai fini par réussir à mettre mon site d'équerre quelques heures à peine avant ma soutenance. C'était génial, j'avais l'impression de faire un Meccano® géant ! Pas de doute, ma voie était trouvée.

Une fois mon diplôme en poche, j'ai commencé à faire une veille intensive et à monter en compétences dans le domaine. En parallèle, je me suis mise en portage salarial pour pouvoir prendre des missions d'intégration. J'ai notamment travaillé pour Alsacreations.fr, qui venait de se créer à l'époque, en réalisant l'intégration des sites La City et Vivastreet (compatible sur Internet Explorer 5 et 5.5, s'il vous plaît !) Quand ils ont voulu embaucher leur premier salarié, je me suis logiquement présentée, mais je me suis finalement rendu compte que je préférais être à mon compte. J'ai donc créé mon entreprise individuelle - inseo - au début de l'année 2009, et suis devenue Experte AccessiWeb en 2012.

 

ask Vous êtes également très impliquée dans la communauté web et ses événements, il me semble...
Voulez-vous nous en toucher un mot ?

C. S. : L'intégration est un métier en constante évolution, et si l'on veut se tenir à jour, il est important d'effectuer une veille rigoureuse en lisant des articles, en regardant des vidéos ou en assistant à des événements spécialisés. J'ai appris énormément par ces biais-là et il me semblait normal de faire de même.

Ceci dit, j'ai toujours été réticente à l'idée d'ouvrir un blog (faute de temps), c'est pourquoi j'ai préféré ajouter ma pierre à l'édifice d'une autre façon : j'ai commencé par présenter une mini-conférence sur l'intégration de newsletters à la première édition de la Kiwi Party, avant de co-animer un atelier avec Loïc Mathaud à Paris Web 2010. Ces premières expériences m'ont beaucoup plu : animer des ateliers ou parler d'un sujet qui me tient à coeur est une activité que j'apprécie particulièrement. Et depuis lors, je propose régulièrement des sujets lorsque l'occasion se présente.

En parallèle, je suis rentrée dans le staff de Paris Web, dont j'occupe actuellement le poste de Trésorière. J'ai toujours apprécié l'événement, et mon passage de l'autre côté de la barrière (en tant qu'oratrice) m'a vraiment fait prendre conscience que le staff faisait un boulot formidable. Avec le recul, je dois bien admettre qu'il s'agit d'une activité très chronophage, mais je ne pense pas trop m'avancer en disant que tous les membres sont extrêmement fiers du résultat : les trois jours de conférences et d'ateliers justifient aisément les soirs et week-ends que nous passons à préparer l'événement pendant toute l'année.

Dans un registre légèrement différent, j'ai rejoint l'équipe de Wagon 42, la société qui se cache derrière le Train de 13h37 (un magazine en ligne dédié à la conception web) et les Éditions En Voiture Simone, une maison d'édition indépendante qui propose des livres concis et utiles sur l'univers de la conception web. Ces diverses expériences m'enrichissent et me permettent d'évoluer : je ne fais jamais autant de progrès sur un sujet que lorsque je dois en parler. Et pour ne rien gâcher, bon nombre des personnes que je côtoie par ces biais-là sont devenus des amis. ;-)

 

ask D'après les échos que j'en ai eus, l'écriture du livre (un beau pavé de 400 pages !) a été plus longue et plus difficile que prévue...
Félicitations pour le résultat !  Pourquoi avez-vous tant tenu à l'écrire ?

C. S. : 400 pages, c'est vrai que c'est un beau pavé...
Surtout si on les compare aux 180 initialement estimées ! :
Honnêtement, si j'avais su le temps et l'énergie que m'aurait pris l'écriture de ce livre, je pense que j'y aurais réfléchi à deux fois. Mais maintenant qu'il est sorti, je dois dire que j'en suis plutôt contente : ça valait définitivement le coup !

Au départ, j'avais simplement envie d'écrire un livre qui recense les bonnes pratiques de mon métier : il m'est arrivé d'intervenir sur des projets mal engagés un nombre incalculable de fois, et la plupart du temps, les problèmes auxquels j'étais confrontée auraient facilement pu être évités par une meilleure connaissances de certaines notions clés. Malheureusement, le contexte professionnel fait que de nombreux développeurs n'ont pas forcément le temps ou les moyens de chercher l'information là où elle se trouve. C'est cette raison qui a fait que je me suis lancée dans ce projet : je voulais élaborer une base de référence qui regroupe les bonnes pratiques de l'intégration web, pour permettre à tout un chacun de puiser dedans au gré de ses besoins. Une bien belle idée sur le papier !

Ce que j'avais mésestimé, c'est le temps que me prendraient la collecte, la vérification et surtout la restitution de ces informations : au fur et à mesure que j'avançais, je mesurais l'étendue de la tâche et ma naïveté initiale face au temps que me prendrait l'écriture de ce livre.

Les 6 mois de gestation se sont transformés en 12, puis en 18...
J'avoue que j'ai eu envie de baisser les bras plusieurs fois : le plus frustrant étant d'avoir à réécrire des passages déjà bouclés car obsolètes avant même l'impression. Fort heureusement, mon entourage était là pour m'encourager à continuer. Et après 2 ou 3 jours, je m'y remettais. Mais plus que tout, je dois avouer que j'ai horreur de laisser les choses en plan : tout comme animer un atelier ou une conférence, écrire ce livre était vraiment quelque chose qui me tenait à coeur.
Et je pense que j'aurais très mal vécu le fait de laisser tomber en cours de route. C'est pourquoi j'ai tenu à aller jusqu'au bout.