Résumé
« Il existe des images qui vous parlent à voix basse, sans hausser le ton, sans éclat. Des images qui ne cherchent
pas à tout montrer, mais qui, par leur modestie même, laissent une empreinte durable. Le travail de Katrien De
Blauwer appartient à cette catégorie.
La première fois que j'ai tenu l'un de ses collages entre mes mains, j'ai eu l'impression d'ouvrir un journal intime
où les mots auraient été remplacés par des fragments visuels : une main, une épaule, une silhouette, un regard
caché. Comme si, en coupant, recadrant, effaçant, elle révélait quelque chose de plus juste que la réalité ellemême
- quelque chose de plus vrai que la photographie d'origine.
Son oeuvre évoque le silence inquiet d'un film d'Antonioni, les tensions muettes qui se dissimulent dans les
marges de l'image, des corps suspendus. On y retrouve l'atmosphère feutrée, troublée et sensuelle du cinéma
des années 1950. Comme dans le film noir, ce n'est pas l'action qui compte, mais l'attente. Pas le dialogue, mais
les regards qu'on détourne. Et les femmes, souvent fragmentées, deviennent des présences fantomatiques - à
la fois désirées et insaisissables.
Katrien ne photographie pas ; elle collecte. Elle chasse, elle cherche, elle découpe en silence. Et de ce silence
émerge un langage d'une rare intensité. Ce sont des images d'absence, de mémoire, de solitude. Des images qui
n'imposent rien, mais qui continuent de vous habiter longtemps après que vous les ayez quittées. Surtout, elles
parlent de nous.
Ce livre est un passage. Une plongée dans un monde où l'intimité s'exprime par la suggestion, où le hors-champ
devient le véritable sujet. Il ne s'agit pas de comprendre, mais de sentir. De se laisser traverser. D'écouter ce qui
murmure derrière les images.
Katrien De Blauwer découpe le monde, et dans les failles qu'elle ouvre, quelque chose de nous apparaît. »
Roger Szmulewicz, October 2025