Résumé
Ce catalogue raisonné présente une étude approfondie et critique de plusieurs pièces majeures d'art décoratif et d'ornements d'église, issues de la prestigieuse collection Martin Le Roy. L'ouvrage s'attache à déterminer l'origine, l'iconographie, et l'attribution stylistique de tapisseries, broderies et autres oeuvres textiles couvrant une vaste période, allant de la fin du XIVe siècle jusqu'au XVIIIe siècle, avec une attention particulière portée aux écoles anglaises, flamandes, bruxelloises et françaises.L'analyse débute par une description minutieuse d'une Croix de Chasuble, attribuée à l'Art anglais de la fin du XIVe ou début du XVe siècle. Cette broderie de soie polychrome sur fond d'or est décorée de trois scènes de la vie de la Vierge : l'Annonciation, la Visitation de la Vierge à sainte Élisabeth, et l'Adoration des Mages. L'auteur souligne la présence de riches entablements de style "gothique peu bâtard et assez lourd" et des détails techniques, comme l'usage de "feuilles de trèfle", qui attirent l'attention des spécialistes. L'étude de cette croix donne lieu à un examen comparatif étendu, citant M. Molinier, M. Bautier, et M. Destrée, qui ont débattu de son origine, proposant initialement une attribution à l'école de la Provence ou même une influence italienne. Cependant, l'auteur conclut que la présence de caractéristiques architecturales spécifiques, de certains ornements (arceaux à cinq lobes, colonnettes entourées de rubans en spirale) et l'étrange expression des visages pointent avec évidence vers une origine anglaise, la rattachant à l'« opus anglicanum ».Le catalogue se poursuit avec l'étude de plusieurs tapisseries, débutant par deux Sujets allégoriques (Art français, début du XVIe siècle). Ces pièces, composées d'un îlot de verdure sur fond rose, soulèvent un problème d'interprétation iconographique, l'auteur réfutant l'attribution antérieure à « Hercule entre le vice et la vertu ». Les costumes, très détaillés, sont datés de la période du règne de Louis XII au début du XVIe siècle, caractérisés par des robes courtes et des coiffures spécifiques. Bien que l'explication précise de l'allégorie reste incertaine, l'analyse rapproche ces pièces de celles de la fameuse tenture de la Dame à la Licorne, suggérant une origine dans les ateliers voisins de la Creuse ou de Felletin.Viennent ensuite des oeuvres flamandes et bruxelloises de transition, incluant La Crucifixion (Art flamand, fin XVe siècle) et La Vierge et l'Enfant (Art flamand, fin XVe siècle), qui présentent des analogies frappantes avec les oeuvres du Maître de Louvain (Dirk Bouts). L'auteur note l'influence marquée de la peinture flamande (sourcil fin, coiffure enroulée sur le côté) tout en relevant les différences dans l'exécution, souvent plus populaire dans le textile que dans les prototypes peints.Une section importante est consacrée aux tapisseries de l'école bruxelloise du début du XVIe siècle, en particulier La Présentation au Temple et Saint Martin. Ces pièces proviennent de la cathédrale San Salvador de Saragosse et appartiennent à une série plus vaste. La Présentation au Temple est notable pour sa division en polyptyque et l'architecture gothique tardive.