Résumé
La population juive du monde actuel présente le visage d'une véritable mosaïque humaine. On y compte des groupes différents les uns des autres à tous les niveaux de leur existence. Juifs ashkénazes et Juifs sépharades, Juifs américains et Falachas d'Ethiopie, Juifs français et Juifs d'Ouzbékistan, Juifs d'Israël et Juifs d'Argentine, tout semble creuser entre ces populations le fossé de différences apparemment insurmontables: situation géographique, histoire, niveau de vie, mœurs, vêtements, langue traditionnelle, rituels religieux, aspirations idéologiques et politiques, etc. S'impose, pourtant, un constat: cette diversité n'empêche pas que les uns et les autres se disent - ou sont dits - juifs. On peut en trouver la dramatique vérification dans les populations victimes de la shoa dont les différences se sont effacées devant la mort. Cette population juive mondiale est à l'image de la ménorah, symbole de l'Etat d'Israël: un même tronc donne naissance à une pluralité de branches. De même, un seul et même judaïsme s'exprime, de nos jours, de diverses façons. Au plan de la pensée, d'abord, avec ses différents courants idéologiques, orthodoxes, libéraux, conservateurs, réformés, loubavitchs, libres penseurs... Au plan des comportements, aussi, avec ses variantes sociologiques. Mais, par delà cette diversité, demeure le tronc de la ménorah, ce qui fait que tous ces courants se réclament du judaïsme. Qu'est-ce qui fait leur judéité ? De quelles fibres est fait le tronc commun ?
C'est sur ce problème que se penche Hubert Hannoun dans une série de lettres qu'il adresse à un de ses amis, Benjamin, dont il ne partage pas toujours les orientations de pensée et d'action. De ces échanges, naît, graduellement, le dessin d'une judéité du XXIe siècle, de ce qui fait qu'un homme - ou une femme - peut être - se dire et être dit - juif qu'il soit croyant ou athée, pratiquant ou non, sioniste ou non, sépharade ou ashkénaze...
Le texte d'Hubert Hannoun plonge dans son vécu de Juif originaire du Maghreb. Il se veut, par ailleurs, à la fois le plus objectif possible - il s'appuie sur les données des sciences humaines contemporaines - et respectueux de l'ensemble de ce qu'il est convenu d'appeler les sensibilités juives actuelles. Ainsi, il n'est pas impossible que chaque Juif puisse se reconnaître dans le portrait du Juif du XXIe siècle qu'il nous propose ici.